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L' "ADN" et les "traditions" : les mots qui empêchent de changer

  • il y a 3 jours
  • 2 min de lecture


« C'est dans l'ADN du territoire »

« C'est une tradition »


Ces deux expressions sont devenues des arguments d'autorité. Ceux qui l'utilisent semblent vouloir mettre fin au débat avant même qu'il ne commence.


Pourtant...

👎 NON, les montagnes n'ont pas un ADN du ski.


Elles sont là depuis des millions d'années ; le ski (son véritable essor) n'y est pratiqué que depuis 3 générations.


👎 de même, NON la fête sur le lac d' #Annecy n'est pas une tradition immuable. C'est un événement imaginé dans un contexte historique précis.


Comme toute création humaine, elle peut évoluer, être repensée ou laisser place à autre chose.


Parler d'« ADN » est révélateur.


🩸 L'ADN renvoie à ce qui serait inscrit dans les gènes, à ce qui ne pourrait pas changer sans perdre son identité. En utilisant cette métaphore pour des activités économiques, touristiques ou festives, on naturalise des choix humains.


On fait passer des décisions politiques et culturelles pour des évidences biologiques.


🪗 Le mot « tradition » peut jouer le même rôle. Bien sûr, certaines traditions sont précieuses. Elles créent du lien, transmettent une mémoire, forgent une culture commune. Mais une tradition n'est pas sacrée parce qu'elle est ancienne. Elle n'a de valeur que si elle continue à faire sens dans le monde d'aujourd'hui.


Toutes les sociétés ont abandonné des traditions qui ne correspondaient plus à leurs valeurs ou à leurs contraintes.


C'est ainsi que les cultures restent vivantes.


Ces récits de l'ADN et de la tradition rendent le changement suspect. Ils présentent toute remise en question comme une attaque contre l'identité d'un territoire. Ils nourrissent l'immobilisme au moment même où notre époque exige de la créativité et du courage.


Plus grave encore, ses mots servent parfois à justifier la poursuite, voire l'intensification, de modèles qui ne sont plus compatibles avec les limites écologiques de la planète.


Comme si l'histoire pouvait suspendre les lois de la physique. Comme si le réchauffement climatique, la raréfaction de l'eau ou l'effondrement de la biodiversité devaient s'effacer devant l'argument de la tradition.


Mais l'identité d'un territoire ne réside pas dans la répétition de ses pratiques. Elle réside dans la capacité de ses habitants à répondre, ensemble, aux défis de leur temps.

Annecy ne se résume pas à un feu d'artifice.

Les Alpes ne se résument pas au ski.

Réduire un territoire à une activité, c'est appauvrir son histoire autant que son avenir.


Les vraies traditions ne sont pas celles qui refusent d'évoluer. Ce sont celles qui savent se transformer sans perdre leur sens. La véritable fidélité à un territoire ne consiste pas à reproduire indéfiniment le passé. Elle consiste à lui donner un avenir.


Le changement n'est pas une trahison de l'identité.

 
 
 

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