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FICTION - février 2050 dans une station de ski -


Après la lecture de l'article sur #courchevel, paru dans L'Obs le 19 juillet 2023 (lien ci-dessous), l'idée d'un récit prospectif plutôt "noir" est survenue. A lire ICI L'Obs écrit "Hallucination ou cauchemar ? Une station fantôme, dévorée par les grues, les pelleteuses, sillonnée de long en large par des camions-toupie. Des nuages de poussière, les yeux qui piquent, l’odeur de la terre. Les saccades des marteaux-piqueurs, le vroum des perceuses. De loin en loin, un ou deux badauds, perdus, craintifs, ignorant où aller. L’été, Courchevel, du moins sa station la plus emblématique, Courchevel 1850, ressemble à une ville anéantie par je ne sais quelle tornade, je ne sais quel Tchernobyl.

Les palaces (Cheval-Blanc, Les Airelles) ? Fermés ou en travaux. Les restaurants étoilés ? Les boutiques de luxe (Fendi, Gucci, Chopard) ? Fermés ou en travaux. Les chalets des ultra-riches ? Vides ou en travaux. Sur la devanture des magasins Vuitton, ce message : « Nous serons ravis de vous revoir en décembre 2023. » Cela semble irréel (...)"

J'ajoute, à la manière d'une fiction : Février 2050 « Où est le tourisme 4 saisons ? Où sont les plans pour se décorreler d’un tourisme de masse haut de gamme ? Où sont parties les subventions ? Dans la décarbonation ? Le tourisme 4 saisons ? Un doux rêve, une vision imaginée dans des salons parisiens avec l'aide des lobbies du ski. Un rêve irréalisable et non viable, poussé par certains, afin de faire croire qu'ils travaillaient à l'après tout ski, à la transformation du modèle... Idée bien loin des réalités.


L’argent et les subventions pleuvaient encore il y a peu pour perpétuer ce modèle du tout ski, modèle obsolète qui ne tenait plus depuis longtemps. Alors que :

  • les Alpes se réchauffent plus vite que la moyenne planétaire (déjà +2,5 degrés en Suisse en 2023 contre +1,1 degrés ailleurs),

  • les jours de gels rares,

  • les vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses,

  • l'isotherme 0 degré toujours plus haut en altitude,

  • le pergélisol réchauffé et se dégradé,

  • le nombre de jours de neige presque inexistants,

  • les cycles de l'eau intensifiés,

  • les glaciers presque disparus, avec eux, notre eau potable menacée,

  • ...

Alors que, toutes les régions de montagne étaient affectées par les conséquences du réchauffement climatique, dû aux rejets de gaz à effet de serre par les activités humaines, tout a continué.


Alors que, on le savait, la dépendance à la mono-cible du tourisme, elle même ayant une mono-cible tournée vers le ski, couplée à ce tourisme mono ciblé vers les ultra riches était dangereux. Les Russes ayant une double nationalité sont encore venus un petit moment durant la guerre mais se faisaient discrets, les Ukrainiens également. Les touristes du Golfe passaient dépenser sans skier. Les Brésiliens et les Anglais étaient ciblés. Ils « carbonaient » tous à fond. Jusqu'à très récemment, la Région Rhône-Alpes octroyaient des subventions afin que les exploitants, les élus de montagne achètent des canons à neige, construisent des retenues d'altitude remplies par captage des sources et des torrents qui alimentaient aussi les villages en eau potable. Les départements aveuglés par l'or blanc, abondaient d'autant. Les promoteurs immobiliers et les banques, rassurés, continuaient de plus belle. Constructions d'hôtels 5 étoiles par ici, rénovations haut-de-gamme d'immeubles en y ajoutant des spas, des piscines, des douches sensorielles imitant le bruit de la jungle par là... Artificialisation, défrichement de forêts entières, assèchement de torrents, constructions de golfs, aménagements pour pratiquer le ski nautique à 2000 mètres dans des retenues d'eau prévues pour l'enneigement artificiel, rêves de projets de dômes couverts à 2000 mètres pour skier toute l'année, pollutions... tout cet arsenal existait et était financé par les deniers publics. Les habitants, incapables de se loger fuyaient.


Les locations très onéreuses et les achats dans les boutiques de luxe durant quelques semaines en hiver permettaient à quelques-uns de tenir. En Août 2023, il fut même proposé d'organiser des Jeux Olympiques d'hiver "durables" pour 2030 dans les Alpes du Nord, en partenariat avec les Alpes du sud. Projet porté afin de péréniser " une formidable opportunité de poursuivre l’élan des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 ", notamment au regard de la question écologique. Il fut annoncer « Ensemble, nous devons imaginer » des Jeux « du futur dans le contexte du réchauffement climatique », « des Jeux qui favorisent les transitions dans le monde de la montagne, des Jeux économes et des Jeux populaires ».


Mais qu'était la définition de Jeux "durables" dans la bouche de politiques qui, en octobre 2021 avaient annoncé en plan montagne "durable" justement, en proposant d'installer des lampes LED dans les villages, des panneaux photovoltaïques sur des enneigeurs et en investissant dans des dameuses à hydrogène.


Ou sont donc aujourd'hui les « habitants » et les touristes de Courchevel ? En vallée ? Ou sont les exploitants des hôtels 5 étoiles ? Ceux qui, l'hiver était en station et qui l'été, étaient dans leurs établissements de bord de mer ou bord de lac d’Annecy ; établissements d'été qui eux mêmes étaient fermés fin octobre afin de remonter tout ce petit monde de l’exploitation de la montagne « pour la saison hivernale» ?


#courchevel à la dérive, comme d'autres stations et d'autres villages


Les comptes dans le rouge, des malversations à la pelle, des infrastructures lourdes afin de garantir, non pas la neige pour skier, mais du ⚪️ BLANC parce que ça faisait « joli » ne sont plus que des friches. Comme un Disneyland du mauvais goût. Comme un Las Vegas de la montagne abondonné.


La station était à la mode. La station où certains habitants devenus riches se posaient plutôt la question de « combien du vas ? » plutôt qu’un « comment tu vas ? » n’est plus. On slalomait en bottes de neige à vraie fourrure à Courch', entre les boutiques de luxe. La plupart appartenait au groupe LVMH : Dior, Bulgari, Vuitton, Fendi, Hublot, Loro Piana… Elles côtoyaient Cartier, Boucheron, Hermès, Chanel, Prada. Avec ses palaces, dont un propriété de Bernard Arnault, ses huit restaurants étoilés et ses luxueux chalets loués avec piscine, night-club et chef cuisinier, Courchevel 1850 étaient devenu, en hiver, une vitrine du luxe au monde.

Les petites soeurs, villages stations d'autres vallées rêvaient de copier et égaler Courch'.


Les Russes ou les émirs du Golfe, les richissimes investisseurs ont acheté Courchevel comme ils l’ont fait avec les équipes de foot… ils sont partis un jour sans regarder derrière… la casse est là. Ni les élus locaux, ni les politiques publiques, ni les habitants à qui l’on mentait, ne regardant que le gain à court terme, n’auront anticipé ou planifié une autre vision pour ce territoire qui méritait mieux.


Les habitants du Golfe sont à Neom, les Russes dans le Causase. Les Européens ne peuvent plus se payer #courch’. Des quotas carbone restreignent la clientèle lointaine à remplir des logements sur-équipés. Depuis longtemps, la clientèle dite de proximité ne peut plus s'offrir ce type de séjour.


L’avion vert, doux rêve, n’est jamais devenu réalité à temps. Dommage pour une station qui, en 1945, via le conseil général de Savoie ambitionnait un développement économique afin d'offrir des loisirs à prix modestes pour rendre la montagne accessible à tous. Dommage de ne pas avoir envisagé une vraie Resilience Territoriale dans les années 2020 ou même avant, lorsque la cour des comptes, en 2018, intitulait déjà son rapport "Les stations de ski des Alpes du nord face au réchauffement climatique : une vulnérabilité croissante, le besoin d’un nouveau modèle de développement ". Les professionnels du tourisme, les habitants, les agriculteurs, les investisseurs, les associations, les politiques se seraient tous assis autour des tables de discussions, auraient inventé une histoire vivable et pour le coup "durable" pour leur territoire. On parlerait aujourd'hui d’un village qui aurait gardé ses habitants et qui en aurait gagné, serait décorrélé de ce tourisme mono ciblé, où il aurait fait bon vivre toute l’année, avec des forêts, stocks stratégiques de carbone, préservées, des terres agricoles sublimées devenues greniers à grains des vallées, une activité économique de proximité se serait créée. L'entraide et la solidarité seraient les maitres-mots, l'empathie serait une manière de vivre, normale ".







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